Cluster A · Conformité

Devoir de vigilance BTP : les 6 vérifications minimales.

Attestation de vigilance, titres de séjour, autorisations de travail des compagnons, audit trail. Ce que tout donneur d'ordre doit vérifier chez ses sous-traitants pour désamorcer la solidarité financière.

L'essentiel
  • Dès 5 000 € HT de prestation, vous devez vérifier votre sous-traitant à la signature puis tous les 6 mois (art. L.8222-1 et D.8222-5 du Code du travail).
  • L'attestation de vigilance URSSAF ne suffit pas : pour les salariés étrangers, exigez la liste nominative prévue par l'article D.8254-2.
  • Sans vigilance, la solidarité financière s'applique : cotisations, impôts, salaires et amendes du sous-traitant peuvent vous être réclamés.
  • Un audit trail horodaté (qui a vérifié quoi, quand) transforme une obligation subie en défense opposable le jour du contrôle.

Le devoir de vigilance, c'est quoi

Définition · Devoir de vigilance
Obligation légale du donneur d'ordre de vérifier la régularité sociale de son cocontractant, à la conclusion du contrat puis tous les 6 mois jusqu'à la fin de son exécution, pour toute prestation d'au moins 5 000 € HT (art. L.8222-1 du Code du travail).

Le BTP est le secteur le plus exposé : chaînes de sous-traitance longues, recours massif à la main-d'œuvre étrangère, contrôles ciblés des URSSAF et de l'inspection du travail sur les chantiers. Le seuil de 5 000 € HT s'apprécie sur l'ensemble de la prestation, même fractionnée en plusieurs commandes.

La logique du législateur est simple : si vous ne pouvez pas prouver que vous avez vérifié votre sous-traitant, vous répondez financièrement de ses manquements. La vigilance n'est donc pas une formalité administrative, c'est une assurance.

Les 6 vérifications minimales

Voici le socle minimal que tout conducteur de travaux, acheteur ou juriste doit tracer pour chaque contrat de sous-traitance.

VérificationQuandBase légale
1. Attestation de vigilance URSSAF, authentifiée en ligne via son code de sécuritéSignature, puis tous les 6 moisL.8222-1, D.8222-5
2. Liste nominative des salariés étrangers soumis à autorisation de travailSignature, puis tous les 6 moisD.8254-2
3. Extrait Kbis de moins de 3 mois et attestation d'assurance décennaleSignature, décennale à chaque échéanceD.8222-5
4. Cartes BTP des compagnons présents sur le chantierÀ l'arrivée sur siteL.8291-1 (carte CIBTP)
5. Déclaration SIPSI et désignation d'un représentant en France (sous-traitant étranger détachant du personnel)Avant le début du détachementL.1262-2-1
6. Injonction écrite au sous-traitant signalé pour emploi d'étranger sans titre, régularisation exigée sous 24 hDès réception d'une alerteL.8254-2-1
Réponse directe

Devez-vous contrôler chaque titre de séjour un par un ? Non pour les salariés de votre sous-traitant : c'est la liste nominative D.8254-2 qui fait foi. Oui pour vos propres embauches, via la vérification préfectorale préalable (art. L.5221-8).

Le cas des salariés étrangers du sous-traitant

La liste nominative est la pièce la plus oubliée du dossier de vigilance. Elle doit mentionner, pour chaque salarié étranger soumis à autorisation de travail : sa date d'embauche, sa nationalité, ainsi que le type et le numéro d'ordre du titre valant autorisation de travail.

Trois réflexes :

  1. Exiger la liste avant le premier jour de chantier, puis la redemander tous les 6 mois, même si l'équipe n'a pas changé.
  2. Croiser la liste avec le terrain : un compagnon présent sur site mais absent de la liste est un signal d'alerte immédiat.
  3. Réagir par écrit en cas d'alerte : injonction de faire cesser la situation sans délai (art. L.8254-2-1). Sans régularisation, la rupture du contrat aux torts du sous-traitant doit être envisagée.

Ce que vous risquez sans vigilance

Le défaut de vigilance ne crée pas une simple irrégularité formelle : il déclenche des mécanismes de solidarité qui font remonter la dette du sous-traitant vers vous.

  1. Solidarité travail dissimulé (L.8222-2) : paiement solidaire des impôts, taxes, cotisations sociales et rémunérations dus par le sous-traitant.
  2. Solidarité emploi d'étranger sans titre (L.8254-2) : paiement solidaire de l'amende administrative et des sommes dues au salarié étranger.
  3. Volet pénal : jusqu'à 75 000 € d'amende pour une personne morale, avec peines complémentaires (exclusion des marchés publics, fermeture temporaire, affichage de la décision).
  4. Volet commercial : perte de marchés publics et dégradation durable de la relation avec les maîtres d'ouvrage.

Organiser la preuve : l'audit trail

En contrôle, la question n'est pas « avez-vous vérifié ? » mais « pouvez-vous le prouver ? ». Un audit trail efficace consigne, pour chaque sous-traitant et chaque chantier : le document collecté, sa date, son authentification, l'identité du vérificateur et la date du prochain renouvellement.

Les relances à J-30 avant chaque échéance semestrielle doivent être automatiques : c'est précisément entre deux renouvellements que les situations dérapent.

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Sources & références

  1. Code du travail, art. L.8222-1 à L.8222-5 (obligations de vigilance et solidarité financière).
  2. Code du travail, art. D.8222-5 (documents à collecter tous les 6 mois).
  3. Code du travail, art. D.8254-2 et suivants (liste nominative des salariés étrangers).
  4. Code du travail, art. L.8254-2-1 (injonction en cas d'emploi d'étranger sans titre).
  5. URSSAF, « L'attestation de vigilance », guide employeur, édition 2026.

Questions fréquentes

À partir de quel montant le devoir de vigilance s'applique-t-il ?
Dès 5 000 € HT pour l'ensemble de la prestation, même exécutée en plusieurs commandes ou factures successives.
L'attestation de vigilance URSSAF suffit-elle ?
Non. Elle couvre le volet cotisations. Il faut y ajouter la liste nominative des salariés étrangers (D.8254-2), le Kbis, la décennale et, sur site, les cartes BTP.
À quelle fréquence renouveler les vérifications ?
Tous les 6 mois, de la signature du contrat jusqu'à la fin de son exécution.
Comment authentifier une attestation URSSAF ?
Chaque attestation porte un code de sécurité vérifiable en ligne sur urssaf.fr. Une attestation non authentifiée n'a aucune valeur probatoire.
Que faire si le sous-traitant emploie un salarié sans titre ?
Injonction écrite immédiate de faire cesser la situation (L.8254-2-1). Sans régularisation rapide, rompre le contrat ; à défaut, vous vous exposez à la solidarité financière.
Le maître d'ouvrage est-il aussi responsable ?
Oui, la chaîne remonte : informé d'une situation irrégulière, le maître d'ouvrage qui n'agit pas peut être tenu solidairement, au même titre que le donneur d'ordre.
RE
L'auteur
Reemon.
Juriste sénior chez Izypaper. Conformité employeur et droit au séjour : il accompagne au quotidien DRH et donneurs d'ordre du BTP dans la sécurisation de leurs chantiers.